2K#5 / Happy Birthday, Man of Steel
Man of Steel a 4 ans aujourd’hui. C’était l’occasion
parfaite pour le revoir, 4 ans plus tard, dans son intégralité. La dernière
fois, c’était au ciné, et je me souviens que, déjà à l’époque, mon opinion
tendait à diverger du reste de mon entourage.
Et pourtant, il y avait déjà dans les rangs des « Contre »
des arguments contradictoires. Quatre ans en arrière, déjà, l’expression Bouillie
numérique commençait à phagocyter le langage de tous les spectateurs. On lui a
reproché ça. Pour d’autres le problème n’était pas du tout la forme – osée,
moderne, enfin intéressante et novatrice pour le mythe de Superman – mais le
fond, ignare, incohérent, inconsistant, grossier.
Je crois même que j’ai lu des reproches sur l’un des apports
essentiels et les plus crédibles que MoS
tente : sa vision de Krypton.
Une société tellement sur le déclin, à cause de son
aristocratie, de la lâcheté des grands, qu’elle refuse même de faire face à la
réalité d’un horizon qui prend feu littéralement, annonçant non seulement la fin
du régime, d’un système de croyance, mais qui marque également le point final à
leur vie décadente. Et tout ça en une quinzaine de minutes, blindées de
symbolismes, de messages sur l’eugénisme, d’allusions au messie, de l’impossibilité
à venir à prendre sa place dans le monde qui l’attend, alors même qu’il pourra
devenir un Dieu et de tension dramatique tenue par un casting de haute volée.
D’entrée de jeu, le film est mis en scène caméra à l’épaule,
au plus proche des protagonistes (l’ouverture du film est un gros plan sur le
visage de Lara-El, enfantant). Au plus proche du conflit, comme un documentaire
tournée en pleine guerre. Ce qui est le cas. Une guerre idéologique, de caste.
Les éléments volants sont filmés, comme le sera plus tard l’Homme d’Acier, en
plans lointains, troublé, peu stables, avec des crash-zooms bondissants, comme
le ferait n’importe qui apercevant, dans le ciel un OVNI. C’est de ça dont il s’agit,
la découverte perturbée, nerveuse et empressée d’un monde inconnu, avec ses
règles propres. C’est la mise en image quasi-littérale de ce cliché ultra-connu
« Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non, c’est Superman ».
S’ensuivent quelques scènes d’expositions sur la fuite de
Clark Kent, Super-Hobo immortel et taiseux qui ne peut s’empêcher de voler à la
rescousse de ceux qu’il croise. Il pêche puis il sauve les membres d’une
plateforme pétrolière qui vient de prendre feu en pleine mer. A mains nues, il
parvient à empêcher la moitié de la structure de s’effondrer juste assez
longtemps pour que tout le monde s’échappe. Puis, flashback sur un jeune Clark Kent
qui découvre sa vision aux Rayons-X et son incroyable ouïe. Quand on lui demande
de décrire son problème, l’enfant, apeuré, qui vient de blesser son institutrice
par accident, répond « Le monde est trop grand, maman ». Ce monde, que
Martha « C’est ma mère » Kent – puisque toujours personne ne semble
pouvoir digérer ça – lui conseille de rapetisser est une promesse. Lui qui
pourra en faire le tour en une seconde. Lui qui pourra le porter d’une main
dans les ténèbres de l’espace. Lui qui, et c’est bien là toute la problématique
culpabilisante que met en avant Jonathan Kent, pourrait être détruit parce qu’il
pourrait le détruire.
C’est précisément ce père qui se sacrifiera, dans l’une des
scènes les plus pathos et les moins bien pensées de l’histoire du film de
super-héros, afin de conserver le secret du fils. Et au passage sa vie.
Il y a cette opposition assez dingue tout au long du film,
bien plus que n’importe où ailleurs dans la mythologie de Supes, entre le père
biologique, qui espère le meilleur pour son fils, parce que le pire est déjà en
chemin pour eux et le père d’adoption, qui veut éviter le pire, parce qu’il pense
que le monde doit d’abord trouver le meilleur au fond de lui-même. Au final le
père qui semble plus pessimiste revêt la tenue de l’espoir, et l’optimiste
revêt celle de la peur.
De manière générale, Man
Of Steel n’a pas offert ce à quoi les gens s’attendaient d’un film Superman.
L’imagerie froide, le ton quasi-désespéré, les personnages et leurs relations.
Ce que tout le monde avait loué chez Nolan et son Batman ne semblant pas
pouvoir s’appliquer à quelqu’un d’autre, faut croire. Alors que, sans cesse, on
rappelle que Kal-El est l’espoir, le fruit d’une conviction, un enfant de l’amour
au milieu d’un champ d’embryons en tubes. Même son symbole signifie espoir.
Ils profitent d’ailleurs de sa première réelle interaction non-parentale
– avec Lois Lane – pour annoncer tout le film et toute la moelle de la
narration. Dans un vaisseau Kryptonien, dont lui seul a la clé, contenant tous
ses secrets, programmé pour répondre à toutes ses questions, la reporter se
fait attaquer par des armes créées par ses semblables.
En intervenant, il la sauve de lui-même. Cette terrienne à
laquelle il est destiné – et tout le monde le sait –, tout comme il était
destiné à la Terre, il en est à la fois la malédiction – ce que Jonathan tente
d’empêcher en le bridant et ce avec quoi finalement Perry et Loïs tombent d’accord
– et le sauveur – celui que Jor-El souhaitait, aussi bien pour son héritage que
pour la Terre ou pour lui-même.
Comme Zod le dit clairement « L’arme de notre damnation
est devenu l’outil de notre salut ». Voilà qui résume bien une grande
partie des thématiques du film. Le double-emploi, la lutte contre les
apparences et la capacité de contourner la difficulté.
C’est d’ailleurs à partir du moment où il embrasse la tenue
de El, que Clark Kent, avec Jor-El en voix-off, trouve le chemin de ses deux
mondes. Tout ce qui était sombre s’envole, avec son thème qui décolle, lui affichant
pour la première fois du film un sourire franc, comme si la route métaphysique
qu’il empruntait jusqu’à présent arrivait au croisement vers la bonne.
A partir de là, le rythme change, les flashbacks se font
plus rares, et ceux qui interviennent agissent en symétrie de ce qui se déroule
dans la temporalité première du film. Et c’est le festival de Destruction Porn.
Oui, parce qu’évidemment, Zack Snyder a un sens de l’image
baroque. Ajoutez à ça Zimmer, qui fait sa feignasse et les mecs à l’ambiance sonore,
Man of Steel en fait trop. Ce n’est
plus de la profusion mais simplement de la confusion. Les bruitages, l’habillage,
tout est très dense, et transpire l’organique, le vivant. Mais additionnés à la
musique gueularde et un peu trop « POIMPOIN » cela rend nécessaire la
prise de Doliprane. L’avantage, c’est que vous allez devenir des champions de l’apnée, parce que ça dure une foutue demi-heure. Pendant une demi-heure,
Superman prend ses responsabilités, affronte des adversaires mieux formés,
dangereux, au sens moral douteux, génétiquement programmé pour protéger Krypton et assurer la survie
de l’espèce. Oui, parce que si ce n’était pas clair, c’est le cas. On parle
bien de programmation, une vision technocratique de la destinée. Les deux
personnages ont finalement des buts très proches, mais des méthodes
radicalement différentes, et c’est la faute de rien de moins que l’obsession du
contrôle génétique de tout un pan de la culture Kryptonienne. Zod allant même
jusqu’à, ben, je sais pas, éliminer la dernière trace du dernier Krytponien qui
cherchait à sauver Krypton ?
Oui.
Y a-t-il beaucoup à dire de plus ?
L’excès ? Nous parlons ici d’hommes et de femmes
capables de se noyer dans le soleil et d’en revenir sous forme d’énergie pure.
La destruction d’une ville semble faire partie du contrat pour n’importe qui
comprend ça. Le souci est ailleurs. Il vient du manque de mise en perspective
de toute cette destruction. Parce que tout va trop vite, à plusieurs reprises,
plutôt que de tendre la situation, Snyder la banalise, en fait une musique de fond,
sans recul.
Mais au moins, dans son approche, malgré le Grand CGI Bullshit Finale Snyder oppose
à Kal-El un être de chair aux mêmes forces et faiblesses. In fine c’est au corps-à-corps, au plus près l’un de l’autre que se
termine le combat, Clark devant briser la nuque de Zod.
L’Homme d’Acier, une fois sa victoire durement acquise,
reprend sa route. Un court échange à « 12 millions de dollars » l’amène
à préciser que c’est lui qui décidera des termes de l’accord tacite qui le lie
à la protection de la Terre.
Encore une fois, le message est positif, sans être niais ou
infantilisant. Il s’agit de confiance. Il a à cœur les intérêts du monde parce
qu’avant tout, c’est le sien. Là où partout ailleurs, Lois Lane rencontrait
Clark Kent, puis Superman, Man of Steel
joue le contrepoint jusque-là. D’abord leur relation existe par cet étranger
qui sait faire des choses « que peut savent faire ». Elle est
installée, instaurée par une curiosité presque scientifique et sociologique, et
non de l’idolâtrie, puis se cimente dans une confiance mutuelle. C’est alors qu’il
peut enfin joindre ses deux identités, embrasser ses deux mondes, vivre ses
deux vies.
Conclusion :
Est-ce que Man of Steel est fun ? Oh, oui, bordel, ça l’est.
Est-ce que c’est fidèle ? Pour les trois du fond qui pensent que Superman
c’est l’esthétique de Richard Donner et ou celle de Lois & Clark, les nouvelles aventures de Superman, ben les
gars, fallait pas cracher sur le Superman
Returns ultra nostalgique de Singer. Il fallait embrasser cette vision
doucement kitsch, déclaration d’amour sous forme de reboot à peine voilé.
Non, il faut se mettre dans la tête que Superman est une
brute. Il y a des comics où il détruit la moitié de Metropolis. Dans certains autres,
il va même jusqu’à éclater une planète d’un coup de poing.
Il faut remettre en contexte. Superman affronte des types
comme Zod, Darkseid ou Lobo. Il doit défaire Brainiac. Il se confronte à des
Dieux. A des mages Atlantes.
Est-ce que le film en fait trop ? Oui, parce qu’il est si
maladroit et colle tant à ses quelques personnages principaux, qu’il oublie qu’il
y a un univers complet derrière avec d’autres êtres vivants, sentients,
pensants qui existent, que l’impact global de ce massacre c’est pas juste des
immeubles ruinés, des bagnoles retournées, des camions explosés. C’est aussi de
la faune détruite, de la flore perdue, des gens écrasés, brûlés, des familles anéanties.
En mettant la foule plus en avant que par simplement des
silhouettes et Pete Ross, la force des pertes aurait pu être décuplée. Néanmoins,
sur un film de 2h20 déjà bien rempli, le défi aurait été compliqué à relever.
Est-ce que le film est si mauvais que ce qu’on veut bien vous faire
croire? Absolument pas. Man of
Steel, pour tout imparfait qu’il soit est une portion de pop-corn
sucré-salé. Une expérience étrange mais riche, qui ne donne rien aussi
gratuitement qu’il n’y paraît, ou alors par pure maladresse. Qu’il vous semble
être respectueux du matériau de base ou non rentre finalement peu en compte.
Une adaptation ne doit pas être un copier/coller. Tout comme tous les auteurs
ayant travaillé sur les comics n’ont pas la même vision du personnage, voici
une vision originale, et hautement risquée, qui tente d’inscrire ses propres
codes, d’inventer une partie de sa propre mythologie.
C’est en fait, à l’image de son personnage principal, un
enfant balbutiant, qui prend ses marques.
Et en cela, le film de Snyder est un beau bébé.
Difficile à accoucher, il ressemble un peu trop à sa mère
(Chris Nolan, en l’occurrence, avec David S. Goyer pour la GPA) mais ne peut s’empêcher
d’imiter son père (Zack Snyder).
Gras, joufflu, gourmand, et bien moins plaintif qu’il n’y
paraît.
Puisque, derrière le ton un peu moins envolé, sans cesse, on
nous le rappelle : Il y a de l’espoir. Nous avons des intérêts communs. Et
nous devons nous faire confiance.
Résultat. Man of Steel : 1 / Les Haters : 0

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