1K#X / Bilan

C’est l’heure du bilan.
30000 mots, c’était le projet. 1000 mots par jour. Alors ? Qu’est-ce que ça dit, officiellement ?
Officiellement, ça dit que j’ai fait péter le compteur des 30000 mots il y a plusieurs jours déjà et que, pour ça, ben je peux être fier de moi.
Officieusement, j’ai des choses à redire sur le déroulé de ces 30 jours de productivité forcée, ces 30 jours de labeur qui m’ont fait passer par 1000 états, m’ont empêché de passer autant de bonne nuit, complète et reposante que de jours dans ce fichu mois de juin 2017.
Premièrement : Je n’ai pas pu poster tous les jours, réellement, 1000 mots. Je n’ai pas pu les écrire, je n’ai pas pu trouver la fontaine dont aurait pu couler le flot magique du Verbe – mais pas du Verbeux – qui m’aurait miraculeusement porté comme une brindille sur une rivière, d’un bout à l’autre du défi, d’un bout à l’autre de ma tête, d’un bout à l’autre du mois.
Et le fait de n’avoir pas pu faire stricto sensu ces 1000 mots par jour est quelque chose de relativement dommageable.
Néanmoins, je ne dois pas être trop dur avec moi-même, parce que pour chaque jour loupé, un lendemain se levait, avec un défi plus terrible encore, celui des 2000 mots compensatoires. Et je m’y suis tenu.
La seule lâcheté face à ce système, c’était hier. J’aurais dû poster 2000 mots, mais j’avoue, après avoir traversé cet infernal mois de fin d’année scolaire, sachant que je ne pourrais pas m’y tenir, je me suis dit « Ok, garçon, y a un truc que tu peux faire, et tu te serviras de ton bilan mensuel pour en parler ! »
Alors voilà : Puisque j’ai trébuché sur la dernière ligne droite, je poursuis mon défi de productivité sur toute la première semaine de Juillet, minimum. Oui. Donc, ce soir, mon bilan fera ses 1000 mots et la publication de demain en fera 2000 pour compenser les 2000 du jour manqué. Celui dont je vous parlais juste avant, suivez un peu.
Et Deuxièmement (je n’ai pas perdu le compte, ma réflexion n’est pas aussi décousue que ça) : Ce mois m’a appris de grandes choses. Que j’avais besoin, quelque part, de retrouver le sentier que j’avais quitté depuis bien trop longtemps. Que pour ça, j’avais besoin d’aide et que ce n’est jamais une honte de demander. Encore moins quand il s’agit de création. Car les propositions qu’on m’a faites, si nombreuses, m’ont permis de sortir de ma zone de confort. En me mettant en scène devant des gens, je me suis obligé, je me suis donné une charge supérieure, supplémentaire. J’avais l’impression que je n’avais pas le droit de décevoir tous ceux qui m’avaient donné un peu d’eux-mêmes.
Avec la disparité des propositions, et l’enthousiasme que vous transpiriez, je devais forcément me montrer à la hauteur, suivre la mesure et donc proposer des projets stylistiquement variés, des exercices de style, des premiers jets expérimentaux. Mais toujours de l’original.
J’ai appris récemment que pour que le cerveau prenne une habitude, cela prend 12 jours. 12 jours de répétitions, par exemple, pour mémoriser et taper votre nouveau code pin, ou numéro de carte bleu, ou pour donner votre nouvelle adresse avec autant d’efficacité et de rapidité, de manière aussi instinctive, que les précédentes informations qui occupaient cette place dans votre mémoire.
Vous n’imaginez pas à quel point je me suis rendu compte de ça pendant ce défi.
Les premiers jours ont été une torture intellectuelle sans nom. Chaque chose était balbutiante, compliquée, tordue à faire tenir debout. Chaque écrit devait se départir du précédent et me forcer à aller vers des endroits qui n’étaient pas agréables ou confortables pour moi. Et qui ne l’auraient pas été même à l’époque où j’ai la prétention d’avoir écrit beaucoup.
J’ai passé des moments terribles de gymnastique cérébrale pour produire 1000 mots par jour. Et lorsque, très tôt dans le défi, j’ai dû faire 2000 mots, je ne vous raconte pas le désarroi et le combat que ça a représenté.



Mais pour chaque combat que j’ai mené, ce défi m’a appris quelque chose : j’ai en moi ce qu’il faut pour le remporter. Ça ne veut pas dire que c’est facile. Ça ne veut pas dire que je dois m’enorgueillir. Ce que ça veut dire, tient en peu de mots, que d’autres ont déjà dit mieux que moi. Alors je vais les paraphraser. Et les mettre en emphase, pour le style. On ne peut pas espérer que les choses nous tombent dessus, du ciel. Ce que l’on obtient arrive pour une raison. Si c’est mal, ce que vous vous êtes trompés. Si c’est bien, ce que vous avez semé sur votre chemin une bonne graine. Dans un cas comme dans l’autre, le plus compliqué reste de trouver la volonté pour faire le premier pas. Celui qui vous portera, et vous mènera en dehors du quotidien. En dehors du facile. En dehors du petit. En dehors de votre zone de confort.
Allez chercher ce que vous voulez. Ne baissez pas les bras. N’abandonnez pas.
Ce n’est pas grave que les choses attendent. Une plante peut très bien dépérir une saison parce que vous ne l’avez pas assez, ou mal, arrosée. Récupérez ses racines, ou ses pousses, les quelques-unes les plus fortes. Replantez-les, prenez soin d’elles. La vie trouve toujours son chemin.

Ce que ce défi m’a permis de réaliser, aussi, c’est un constat à la Jean-Claude Van-Damme.
Croyez-le ou non, le cerveau est un muscle. Particulièrement gourmand. Il a besoin de faire des exercices et d’eau. Sans déconner, pour chaque exercice que vous faites, hydratez-vous.
J’avais mon Service Civique dans une école depuis 6 mois et c’est l’ajout de cette charge qui a rendu mon 7e mois aussi compliqué. Ça et le fait que je sois un sentimental et que quitter des gamins auxquels on a enseigné des choses, auxquels s’est attachés, avec lesquels on a construit, créé, appris, partagé de soi, de sa sensibilité. C’était une épreuve enrichissante, mais épuisante. Quand vous créez, buvez de l’eau.
Bref.
Là où on ressent la musculature du cerveau, c’est aussi dans l’évolution de l’exercice. Pour chaque fois où c’était plus compliqué que la précédente, j’ai progressé. Je me suis senti plus à l’aise, plus confortable dans les mécaniques de création, plus vif, mieux nourri, plus enchanté, plus entraîné.
Et ça m’a amené à ressentir une chose étrange et paradoxale. Le défi en lui-même, n’était-ce pas finalement surtout de me sortir les doigts du cul et d’aller chercher là où c’était douloureux, là où c’était gênant, là où ça me tirait sur les yeux et sur la cervelle quand je finissais d’écrire, éclaté, au bout, à 2 heures passées du matin pour enchaîner sur une journée de boulot ? Peut-être que j’avais tellement peur de reprendre, j’allais dire la plume, mais disons le clavier, que c’est ce que je pensais que ce serait.
Toujours est-il que d’un coup, c’est devenu plus léger. Plus amusant, plus facile, intuitif, presque instinctif. Et j’ai douté de l’intérêt intrinsèque du projet.
Comme si, forcément, une fois les difficultés créatives surmontées, le défi perdait en saveur ou en valeur. La moelle, n’était-ce pas, avant tout, de revenir à l’écriture ? N’était-ce pas de se tenir à une production régulière ?
Et tant pis si, comme le dit Stephen King, l’écriture devenait « 70% inspiration, 30% transpiration » alors que c’était parti dans les proportions opposées.
Le défi, c’était de se prouver de quoi on est capables. De se dire qu’on n’est jamais perdus. Qu’il ne sert à rien d’avoir peur, si cette peur ne permet pas d’avancer.
Que lorsqu’on croit qu’on a la tête et le cœur vides, En plein jour, ou dans la nuit noire, il suffit d’un petit supplément d’humanité pour se relever, s’armer et s’enfoncer dans la nuit, pour illuminer les ténèbres.
Vous êtes – Nous sommes – tous capables d’être la Lumière de quelqu’un.

Illuminez-vous.

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