1K#8 / Essences
– Ok. Bon. On commence ?
– Je ne suis pas sûre que ce soit à toi de presser le début du conseil.
– Je presse rien, je pose une question, là, tu vas pas commencer à me prendre la gueule, d’entrée de jeu.
– Elle a juste fait une remarque, hein, elle t’as pas mis devant un tribunal.
– Pardon, je dois être un peu susceptible aujourd’hui.
– Excuses acceptées.
– Bon, on commence ?
– Il nous manque encore quelqu’un.
– Quoi ? Mais il était là y a deux minutes.
– Il est parti pisser.
– Mais putain, mais ça va aller le professionnalisme, là ?
– Puisque je préside, je vais répondre.
– Merci, Poulette.
– Nous voulons surtout faire en sorte de te rappeler que l’affaire est très sérieuse. D’ici peu, la vie va trouver son chemin sur une nouvelle planète, issue de la collision entre plusieurs millions d’astres. Et les zones habitables seront divisées en 4. Le fait étant assez rare, il s’agit de décider si nous nous portons responsables chacun, individuellement, d’un des continents ou si nous partageons les ressources comme on le fait en général et les laissons décider dès qu’une espèce aura atteint suffisamment de conscience pour répartir nos Royaumes auprès d’eux.
– J’avais pigé.
– Je suis pour l’expérimentation.
– Pardon ?
– Oui, navré Terre, mais toi comme savons que nous possédons cette chance d’être aux premières loges de leur sensibilité.
– Et donc ?
– Et donc, pourquoi ne pas profiter de ce découpage ? C’est une aubaine pour nous. Ça pourrait nous permettre d’être tout de suite dans une démarche différente. Attaquer la spiritualité au plus tôt.
– Tu veux qu’on leur impose notre réalité plutôt que de les laisser y venir ?
– Il a pas tort.
– Tais-toi, Feu.
– Ok, on va dire que je dis plus rien, si c’est comme ça. Mais franchement, la dernière fois qu’on les a laissé faire, on s’est retrouvés avec des fanatiques qui se sont mis à essayer de contrôler ce que nous sommes et à asservir les autres.
– Alors, précisément, ce sont les adeptes du Feu qui ont fait ça. Les adeptes de Terre, d’Air et les Miens étaient plutôt des bâtisseurs, des pacifistes et des soigneurs.
– Vous allez pas me remettre ça dessus non plus ?
Juste avant que le ton ne recommençât à monter, une intense bourrasque repoussa toutes les chaises de la Table. Air, à la présidence, debout, droite, les mains en avant, prit un air sombre.
– Cet endroit n’est pas un tribunal et cette séance n’est pas un procès. Le prochain qui s’en prend à l’un des autres, que je sois bien claire, je l’envoie voler jusqu’à la porte, et il part avec.
– Je tiens à présenter personnellement et solennellement mes excuses au conseil pour ce qui a été commis en mon nom et par mes pouvoirs. Ceci n’arrivera plus.
– Je pense parler au nom de tous en disant que nous t’en remercions.
Les deux autres échangèrent un regard, acquiescèrent et se tournèrent vers Feu pour la saluer. Puis elle reprit.
– J’entends bien que cette séance n’est pas un procès, mais pour le mal exprimé par ma faute en partie, je tiens à faire amende honorable. Je souhaite dès aujourd’hui me retirer, pour une durée indéterminée du conseil.
– Pardon ?
– Comment ?
– Qu’est-ce que ça veut dire ?
Feu plaça sa main sous son plexus, le pouce et l’index en « L », le reste des doigts repliés. Elle enfonça le pouce dans sa poitrine. En le ressortant, elle retira une énergie lumineuse, blanche, diaphane, incroyablement brillante qu’elle déposa sur la table du conseil. L’énergie glissa jusqu’au milieu, se mit à tourner et se dispersa, rejoignant principalement Eau, Air et Terre. Une once lui revint qu’elle aspira.
– Je ne suis pas sûre que ce soit à toi de presser le début du conseil.
– Je presse rien, je pose une question, là, tu vas pas commencer à me prendre la gueule, d’entrée de jeu.
– Elle a juste fait une remarque, hein, elle t’as pas mis devant un tribunal.
– Pardon, je dois être un peu susceptible aujourd’hui.
– Excuses acceptées.
– Bon, on commence ?
– Il nous manque encore quelqu’un.
– Quoi ? Mais il était là y a deux minutes.
– Il est parti pisser.
– Mais putain, mais ça va aller le professionnalisme, là ?
La salle du conseil était une pièce presque vide, circulaire, au toit particulièrement haut et vouté. C’était à l’image de cette pièce d’architecture que l’on avait conçu le Panthéon.
Les motifs au sol évoluaient en ondes. Le plus petit cercle, au centre, représentait un enfant, en position fœtale, aux tons orangés, chauds. Dans le deuxième cercle se développait un corps de femme nue, courbée, à la peau hâlée dont le premier cercle servait de ventre. Sa chevelure était si longue qu’elle entourait tout. La troisième onde était une planète bleue et verte, à l’aura dorée, vision esthétisées des planètes habitables. Celui juste au-dessus représentait l’étoile la plus proche de ladite planète. Et ainsi de suite s’élargissaient les cercles de mosaïque pour représenter l’Univers.
Au point le plus haut du dôme, un puit solaire permettait de baigner d’un halo de lumière tout une partie du centre de la salle. C’est là qu’on avait installé une immense table ronde.
A quatre points autour de la table, comme des points cardinaux, on retrouvait les Symboles du Temps, de l’Espace, du Début, et de la Fin, eux-mêmes imbriqués dans une rose plus grande avec seuls deux points en opposition : Le Monde Physique et le Monde Spirituel.
Autour de la table, dans des sièges aux dossiers hauts et aux tissus de couleurs, trois individus en attendaient un quatrième.
La plus agitée, dans sa tunique d’or à une manche, se tenait une jambe sur le siège, l’autre au sol, deux mèches de cheveux dansant inlassablement devant son visage.
Une porte, quelque part au loin dans la salle, laissa passer un intense rayon de lumière. Le quatrième entra alors, vêtu d’une tenue bleue, et se précipita à la table en présentant des excuses.
– Ça y est, nous pouvons désormais débuter le conseil.
Tout le monde se tourna alors vers elle, la plus raisonnable, coiffée en un chignon haut, dans ses vêtements blancs aux légers accents argentés.
– Encore toutes mes plus plates excuses.
– T’es allé aux toilettes, c’est bon, excuses acceptées. On passe à la suite ?
– C’est la force que tu appelles, c’est ça ? Tu veux en arriver là ?
Au point le plus haut du dôme, un puit solaire permettait de baigner d’un halo de lumière tout une partie du centre de la salle. C’est là qu’on avait installé une immense table ronde.
A quatre points autour de la table, comme des points cardinaux, on retrouvait les Symboles du Temps, de l’Espace, du Début, et de la Fin, eux-mêmes imbriqués dans une rose plus grande avec seuls deux points en opposition : Le Monde Physique et le Monde Spirituel.
Autour de la table, dans des sièges aux dossiers hauts et aux tissus de couleurs, trois individus en attendaient un quatrième.
La plus agitée, dans sa tunique d’or à une manche, se tenait une jambe sur le siège, l’autre au sol, deux mèches de cheveux dansant inlassablement devant son visage.
Une porte, quelque part au loin dans la salle, laissa passer un intense rayon de lumière. Le quatrième entra alors, vêtu d’une tenue bleue, et se précipita à la table en présentant des excuses.
– Ça y est, nous pouvons désormais débuter le conseil.
Tout le monde se tourna alors vers elle, la plus raisonnable, coiffée en un chignon haut, dans ses vêtements blancs aux légers accents argentés.
– Encore toutes mes plus plates excuses.
– T’es allé aux toilettes, c’est bon, excuses acceptées. On passe à la suite ?
– C’est la force que tu appelles, c’est ça ? Tu veux en arriver là ?
Le dernier, dont le visage était caché par un sugegasa, s’était alors senti obligé d’intervenir. Il avait reculé sa chaise, s’était redressé et posé du bout des doigts une seule de ses mains.
– Renonçons à ces méthodes, je vous prie.
– On m’explique la provenance de la menace, là ?
– Tu es impatiente depuis que nous sommes arrivés. Il ne s’agit pas de décider de la liste des courses.
– Tu sais pourquoi on est là ?
– Oui.
– Pourquoi ?
– Pourquoi vous me demandez ?
– Parce qu’on veut être sûrs que tu saches pourquoi.
– Pourquoi ?
– Pourquoi quoi ?
– Pourquoi vous voulez être sûrs ? Vous me faites pas confiance ?
– Si je peux intervenir…
– Boucle-la, bleuet, fallait pas partir pisser.
– Très bien.
Un moment de silence, tendu, s’étira quelques instants bien trop longs.
– Renonçons à ces méthodes, je vous prie.
– On m’explique la provenance de la menace, là ?
– Tu es impatiente depuis que nous sommes arrivés. Il ne s’agit pas de décider de la liste des courses.
– Tu sais pourquoi on est là ?
– Oui.
– Pourquoi ?
– Pourquoi vous me demandez ?
– Parce qu’on veut être sûrs que tu saches pourquoi.
– Pourquoi ?
– Pourquoi quoi ?
– Pourquoi vous voulez être sûrs ? Vous me faites pas confiance ?
– Si je peux intervenir…
– Boucle-la, bleuet, fallait pas partir pisser.
– Très bien.
Un moment de silence, tendu, s’étira quelques instants bien trop longs.
– Puisque je préside, je vais répondre.
– Merci, Poulette.
– Nous voulons surtout faire en sorte de te rappeler que l’affaire est très sérieuse. D’ici peu, la vie va trouver son chemin sur une nouvelle planète, issue de la collision entre plusieurs millions d’astres. Et les zones habitables seront divisées en 4. Le fait étant assez rare, il s’agit de décider si nous nous portons responsables chacun, individuellement, d’un des continents ou si nous partageons les ressources comme on le fait en général et les laissons décider dès qu’une espèce aura atteint suffisamment de conscience pour répartir nos Royaumes auprès d’eux.
– J’avais pigé.
– Je suis pour l’expérimentation.
– Pardon ?
– Oui, navré Terre, mais toi comme savons que nous possédons cette chance d’être aux premières loges de leur sensibilité.
– Et donc ?
– Et donc, pourquoi ne pas profiter de ce découpage ? C’est une aubaine pour nous. Ça pourrait nous permettre d’être tout de suite dans une démarche différente. Attaquer la spiritualité au plus tôt.
– Tu veux qu’on leur impose notre réalité plutôt que de les laisser y venir ?
– Il a pas tort.
– Tais-toi, Feu.
– Ok, on va dire que je dis plus rien, si c’est comme ça. Mais franchement, la dernière fois qu’on les a laissé faire, on s’est retrouvés avec des fanatiques qui se sont mis à essayer de contrôler ce que nous sommes et à asservir les autres.
– Alors, précisément, ce sont les adeptes du Feu qui ont fait ça. Les adeptes de Terre, d’Air et les Miens étaient plutôt des bâtisseurs, des pacifistes et des soigneurs.
– Vous allez pas me remettre ça dessus non plus ?
Juste avant que le ton ne recommençât à monter, une intense bourrasque repoussa toutes les chaises de la Table. Air, à la présidence, debout, droite, les mains en avant, prit un air sombre.
– Cet endroit n’est pas un tribunal et cette séance n’est pas un procès. Le prochain qui s’en prend à l’un des autres, que je sois bien claire, je l’envoie voler jusqu’à la porte, et il part avec.
Tout le monde se tut. Terre se risqua à lever la main.
– Nous ne t’accusons pas. Nous observons que dans ton comportement, on retrouve de cette violence que tu décris et que tu refuses aux autres.
Feu regarda ses mains, rougies, incandescentes, qui avaient commencé à ronger les accoudoirs de son haut siège. Elle eut une hésitation. Elle regarda les fines gravures qui disparaissaient sous la morsure de la flamme. Elle ferma les yeux, les cendres s’étouffèrent, et elle aspira le feu avec ses narines. Elle se leva de son siège.
– Nous ne t’accusons pas. Nous observons que dans ton comportement, on retrouve de cette violence que tu décris et que tu refuses aux autres.
Feu regarda ses mains, rougies, incandescentes, qui avaient commencé à ronger les accoudoirs de son haut siège. Elle eut une hésitation. Elle regarda les fines gravures qui disparaissaient sous la morsure de la flamme. Elle ferma les yeux, les cendres s’étouffèrent, et elle aspira le feu avec ses narines. Elle se leva de son siège.
– Je tiens à présenter personnellement et solennellement mes excuses au conseil pour ce qui a été commis en mon nom et par mes pouvoirs. Ceci n’arrivera plus.
– Je pense parler au nom de tous en disant que nous t’en remercions.
Les deux autres échangèrent un regard, acquiescèrent et se tournèrent vers Feu pour la saluer. Puis elle reprit.
– J’entends bien que cette séance n’est pas un procès, mais pour le mal exprimé par ma faute en partie, je tiens à faire amende honorable. Je souhaite dès aujourd’hui me retirer, pour une durée indéterminée du conseil.
– Pardon ?
– Comment ?
– Qu’est-ce que ça veut dire ?
Feu plaça sa main sous son plexus, le pouce et l’index en « L », le reste des doigts repliés. Elle enfonça le pouce dans sa poitrine. En le ressortant, elle retira une énergie lumineuse, blanche, diaphane, incroyablement brillante qu’elle déposa sur la table du conseil. L’énergie glissa jusqu’au milieu, se mit à tourner et se dispersa, rejoignant principalement Eau, Air et Terre. Une once lui revint qu’elle aspira.
– Je vais nous prouver, à moi, à vous et aux êtres vivants, qu’il y a au-delà de la destruction dans ce qu’ils puisent en moi. Le Feu peut aussi bâtir. Je ne reviendrai que lorsque je vous l’aurai prouvé.
Feu vira son siège et tourna les talons. Elle marcha longtemps dans l’obscurité. Soudain, on entendit une porte s’ouvrir et on vit un intense rayon de lumière blanche percer dans le noir.
Les trois autres s’approchèrent du siège de Feu.
Dans l’accoudoir, de fines gravures, encore fumantes, traçaient des arabesques et des marques écrites, un haïku.
Mon Humilité
Le Feu les ailes se brûla
Sans eau dans son vin
Feu vira son siège et tourna les talons. Elle marcha longtemps dans l’obscurité. Soudain, on entendit une porte s’ouvrir et on vit un intense rayon de lumière blanche percer dans le noir.
Les trois autres s’approchèrent du siège de Feu.
Dans l’accoudoir, de fines gravures, encore fumantes, traçaient des arabesques et des marques écrites, un haïku.
Mon Humilité
Le Feu les ailes se brûla
Sans eau dans son vin

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